A l’occasion du 400ème anniversaire de la mort de St François de Sales, fondateur avec Jeanne de Chantal de l’ordre de la Visitation en 1610, l’APAMA a organisé un récital de piano exceptionnel jeudi 9 juin 2022 à 20h30 en la basilique de la Visitation, lieu qui n’est d’ordinaire jamais ouvert pour une manifestation de ce genre.

Alain Carré, comédien, a lu des extraits des œuvres de St François de Sales en alternance avec des pièces de piano interprétées par le renommé François-René Duchâble.

(témoignage du père Thierry Mollard, de la paroisse de Saint Germain du Lac)

Vivante Basilique ! 
Concert de piano exceptionnel à la Visitation. Sacrée bonne initiative que d’être reçu en la basilique de la Visitation, en ce jeudi 9 juin, par les filles de Sainte Jeanne et Saint François ! Merci ! 

L’avant-chœur a accueilli un piano et deux chaises, en arrière fond un tableau de Saint François de Sales, plus loin celui de Jeanne de Chantal et en avant une frange de lumières ! 
La marque de simplicité est posée. L’église est remplie. Place est faite à l’alliance de la voix et de la musique. 

François-René Duchâble (pianiste) et Alain Carré (comédien et adaptation) font leur rentrée ! 
« C’est à l’homme d’écriture, que François-René Duchâble et Alain Carré rendent hommage à l’occasion du 400ème anniversaire de la mort de Saint François de Sales. »
L’accentuation, la tonalité, la musicalité font tout et remplissent de présence.  
Je suis saisi dès le premier instant. Les premiers mots, cueillis sur les lèvres du comédien, viennent de loin ! De loin dans le temps, presque un demi-millénaire, mais aussi de loin dans le cœur de l’artiste à la voix et vibration profondes, tour à tour intimes et affichées. Nous sommes bien à un rendez-vous salésien à l’oxymore si présent : dans une « lointaine proximité » qui rend audible comme jamais un texte écrit et fleuri. L’émotion grandit avec la première balade des doigts sur le clavier et tous les dialogues entre texte et musique qui suivent : le récital a commencé. La soirée sera spirituelle ! Plus de bruit, que du bien, du bon, du beau ! 
Le récital est empreint d’une certaine apologie, cela le rend profondément spirituel. Il n’en demeure pas moins que l’homme d’écriture, de culture et d’ouverture, qui transpire dans ce récital, nous fait aller de Monsieur de Sales, comme aimait dire Monsieur Vincent : “Que Dieu doit être bon puisque Monsieur de Sales est si bon”…  à Monsieur de Genève jusqu’à Saint François de Sales !  Que de chemins parcourus en 55 ans de vie, qui s’épanouissent encore 4 siècles plus tard !   

L'accueil des personnes inscrites

Introduction d’Alain Carré: « Le monde est né de l’amour, il est soutenu par l’amour, il va vers l’amour et il entre dans l’amour. »

François de Sales est un saint pour notre temps. Sa spiritualité profondément évangélique parle au cœur de l’homme contemporain et nous fait découvrir combien Dieu a du cœur et est amoureux de notre humanité. « Dieu est le Dieu du cœur humain » Butinant de fleur en fleur, vous serez touchés par l’humanité, la simplicité, l’humour, la sagesse et la force spirituelle de ce saint évêque qui a articulé de façon si heureuse l’humanisme de la Renaissance, l’avènement des Temps modernes et le renouveau du concile de Trente. Le parfum de ce bouquet exhale la beauté de la Création, la grandeur de l’homme et l’humanité de notre Dieu.  

« Il faut soigner le corps pour que l’âme qui s’y plaise »

« Il ne se présente pas souvent des occasions de pratiquer la force, la magnanimité, la magnificence ; mais la douceur, la tempérance, l’honnêteté et l’humilité sont de certaines vertus, desquelles toutes les actions de notre vie doivent être teintes. »

Quelle image donner de la vie de saint François ? N’est-elle pas un « parterre tout semé de fleurs très agréables à la vue et d’odeur très salutaire à ceux qui veulent les odorer ? » Ne craignez pas de butiner au cœur de ce bouquet pour en faire ce miel dont la douceur sera toute salésienne : « Tout par amour ».

« On a besoin de patienter avec tout le monde, mais particulièrement avec soi-même » .

Monsieur de Genève (c’était son titre officiel) aimait « les âmes indépendantes, vigoureuses et qui ne sont point femmelettes », disait-il. C’est dans cette expression de montagnard bien trempé que l’on voit se dégager le caractère fort et viril du prince-évêque de Genève !

Il écoutait tout le monde paisiblement et aussi longtemps que chacun voulait ; la façon et le parler de ce bienheureux étaient grandement majestueux et sérieux, mais toutefois le plus humble, le plus doux et naïf que l’on ait jamais vu. Il parlait bas, gravement, posément, doucement et sagement. Il ne disait rien de trop, ni de trop peu, seulement ce qui était nécessaire. Parmi les affaires sérieuses, il jetait des mots de grande affabilité cordiale.

Et maintenant « regardez les abeilles sur le thym ; elles y trouvent un suc fort amer ; mais, en le butinant, elles le convertissent en miel. »

.  .  .

J’atteste que ce Bienheureux n’était point attaché aux biens et à l’honneur du monde, ni à rien de ce qui en dépend. Il en a témoigné par ses paroles, par ses écrits et par l’état de sa maison. En celle-ci, il n’y avait rien de superflu, bien que le nécessaire pour l’entretien de sa famille (c’est-à-dire les personnes attachées à son service) et l’assistance aux pauvres ne manquât point.

Un jour, il fit don de deux chandeliers en argent à un prêtre qui n’avait pas de quoi vivre…et le lendemain, ce fut le tour des burettes en argent… ! A chaque fois qu’un objet de valeur disparaissait de l’armoire, le chanoine Rolland – qui était l’intendant de l’évêque – se fâchait et s’en prenait à lui en disant : « Si vous continuez comme cela, nous allons tous nous retrouver sur la paille ! » Pour apaiser le bouillonnant Rolland et pour trouver un bon motif qui justifiât le don des burettes, il lui dit en souriant : « Il est préférable de se servir des burettes en verre ! Voyez, comme cela, il n’y a pas de confusion possible entre la burette de l’eau et celle du vin de messe ! »

Que voulez-vous « Un saint triste est un triste saint. »

« Au premier mouvement de colère, d’impatience et de rébellion du cœur, ramenez celui-ci promptement et doucement auprès de Notre Seigneur.

Lors de troubles ou de ressentiments, recourons à Dieu en implorant son secours.

Lorsque nous avons commis quelque acte de colère ou d’impatience, réparons notre faute par un acte de douceur envers la personne blessée et montrons-lui un visage doux.

Que notre conversation soit douce, affable et cordiale.

Il faut accueillir chacun doucement, l’aider et le contenter, tant par notre façon de faire que par nos réponses.

Ne jamais témoigner aucun mécontentement à propos de ce qu’on pourra dire de nous.

Ne jamais se dépiter, ni contre soi-même, ni contre ses propres imperfections.

Regretter nos fautes, mais d’une façon paisible, sans aigreur, ni empressement, ni inquiétude.

Reprendre et corriger son cœur doucement et avec compassion, en disant : Oh mon pauvre cœur, nous voilà tombés ; relevons-nous et quittons à jamais nos imperfections.

Quand on a failli, il faut donner du courage à son cœur, dans l’attente que Dieu lui donne son secours.

Ne nous étonnons pas de nos propres chutes, puisqu’il est bien normal que l’infirmité soit infirme et que la faiblesse soit faible : mettons tout cela devant Dieu avec une humble reconnaissance de notre misère, puis nous relevons-nous tout doucement.

Vivre sans fard, sans hypocrisie, en ce qui concerne nos actions, nos fautes et nos paroles.

Être vrai et entier dans nos paroles, sans les utiliser pour s’excuser ou pour couvrir nos défauts.

«Une grande misère parmi les hommes, c’est qu’ils savent si bien ce qui leur est dû et qu’ils sentent si peu ce qu’ils doivent aux autres. »

Tom Camuset, membre du Comité et Marie-Laure de Fleurian, Présidente de l'Apama

Être moderne au XVIème siècle ! Saint François de Sales le fut. Il inventa la presse écrite catholique, ce qui lui valut le titre de patron des journalistes et des écrivains. Il fut aussi un auteur à succès. Ses ouvrages de spiritualité sont devenus des classiques après avoir été parmi les plus diffusés de son vivant et après sa mort. Religieux sans reproche, il connut une amitiés spirituelle et publique avec une femme, Jeanne de Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation. Intellectuel aiguisé, il s’opposa à la Réforme protestante par la seule force de la persuasion rationnelle et non par la contrainte. Il refusa, enfin, la vie d’honneur aristocratique que lui conférait son rang pour embrasser la pauvreté de la vie religieuse. Ce qui l’amena à la sainteté.

François de Sales devint le pasteur et l’évangélisateur inlassable de sa terre savoyarde, qu’il aimait par-dessus tout, car, avouait-il : « Je suis savoyard de toute façon, de naissance et d’obligation. »

« C’est le meilleur de ne rien désirer et ne rien refuser. »

En 1613, au cours de la célébration de la messe de Pentecôte présidée par l’évêque de Genève, l’assemblée assista à une « descente du Saint-Esprit » aussi originale qu’inattendue…

Pour représenter la Pentecôte, les chanoines avaient mis au point une scénographie savamment étudiée : sous les voûtes de l’église, on avait placé un dispositif en forme de nuages qui, au moment le plus solennel de la célébration, devait libérer une colombe entourée de feux d’artifices. Tout était prêt pour mettre en scène la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres : colombe, langues de feu et bruit assourdissant ! Comme prévu, tout fonctionna à merveille et les deux colonnes de feu furent du meilleur effet. En revanche, la pauvre colombe fut tout apeurée et désorientée par le crépitement des flammes et, ne sachant plus où trouver refuge, alla se poser sur le crâne dégarni du célébrant… Droit et immobile à l’autel, Monseigneur ne fit rien pour la chasser et attendit patiemment qu’elle s’en allât d’elle-même. Ce spectacle amusa bien les fidèles et fit même sourire l’évêque.

« Le bruit fait peu de bien, le bien fait peu de bruit. »

« Dans le régime des âmes, il faut une tasse de science, un baril de prudence et un océan de patience »

« Tant vaut le cœur, tant vaut l’homme. Qui a gagné le cœur de l’homme, a gagné tout l’homme. »

« Que le temps soit beau ou qu’il pleuve, que l’air soit calme ou que le vent souffle, l’homme sage ne s’en soucie pas, sachant bien que rien n’est stable et permanent en cette vie et que ce n’est pas ici le lieu de son repos. »

Alors : « Faites comme les petits enfants qui de l’une des mains se tiennent à leur père et de l’autre cueillent des fraises ou des mûres le long des haies. »